TOUTE LA VERITE SUR LES ACCORDS COLONIAUX ENTRE LA France ET LE CAMEROUN

mardi, 29 décembre 2020 22:54 Stéphane Nzesseu

Le 26 décembre dernier, une certaine euphorie a gagné bon nombre de camerounais. Ils croyaient que le Cameroun est totalement libéré des accords passés entre notre pays et la France. Or, il n’en est rien. Voici les raisons.

 

« Le Président Biya a revu en 2009 pas en décembre 2020 les accords de défense avec la France. Et bien avant cette date les accords ACP UE de Yaoundé 1 et 2, de Lomé 1 et 2 dont le Président Biya avait participé comme plénipotentiaire aux négociations sous Ahidjo avait contribué à démanteler l'essence de ces accords sans toucher un pilier qu'est le FCFA. CE FCFA continuera d'exister et même le changement de nom annoncé par les banques centrales francophones ne seront que cosmétiques. Peut-être que le CFA disparaîtra selon les illuminés dès le 26 Décembre...

 Les histoires distillées sur les réseaux sociaux pour une non signature au 26 décembre sont des affabulations et des chimères. Même le gouvernement, ni la CRTV n'ont proclamé cette fictive victoire. Il y en a qui sont plus royalistes que le roi. Et c'est cette imposture que nous démontons par des faits. En face ils ne nous apportent aucune preuve, aucun fait de leurs légendes.

 

Ce qui a mis fin aux accords économiques et militaires coloniaux signés le 26 Décembre 1959 c'est les conventions Afrique Caraïbes Pacifiques (ACP) Union européenne de Yaoundé 1 et Yaoundé 2 ensuite Lomé 1 et Lomé 2.

Ensuite, c'est en 2009 que le volet militaire de ces accords à été modifié par le Président Biya et Signé par le Premier Ministre Fillon lors de sa visite officielle au Cameroun pour inaugurer l'échangeur de Nlonkak.

Il y a longtemps que les monopoles coloniaux n'existent plus au Cameroun. S'il ya certains pans de l'économie où subsiste ces monopoles ce n'est plus une question d'accord colonial mais d'absence de rivalité domestique ou étrangère.

Dans le secteur pétrolier et gazier. Il n'y a plus de monopole colonial parceque l'une des plus grandes entreprises pétrolières opérant au Cameroun est désormais chinoise et non française. Je veux parler d'ADDAX d'autre part Total et British Petroleum n'ont plus le monopole de la distribution des produits pétroliers , ce marché  des stations services et gaz a été libéralisé et les camerounais et étrangers y ont investi massivement. L'exploitation de Gaz est dominé a côté des firmes françaises  aujourd'hui par des firmes anglaises et bientôt russes et chinoises au regard des accords d'exploitation et de partage signés par la SNH avec ces firmes étrangères.

Dans le secteur financier, la première banque du Cameroun s'appelle Afriland first bank qui est camerounaise et non française. Les autres banques qui suivent a savoir SCB, BICEC,sont  désormais marocaines et non françaises,  UBA est nigériane et CCA camerounaise.

Dans l'exploitation minière. Les principaux acteurs sont chinois, coréens et américains. Il n'y a pas d'entreprises françaises ou anglaises dans le secteur minier au Cameroun

 

Dans le secteur des transports. Le monopole de Air France a été battue en brèche par la naissance de CAMAIR depuis les années 1970 et par la libéralisation. On retrouve plusieurs compagnies africaines et européennes qui desservent les lignes camerounaises.

Les travaux publics et la construction des infrastructures sont dominés par des firmes d'Etat appartenant à la Chine. Bien qu'il y ait des entreprises françaises, et Turcs. Mais sachez que tous ces grands pays ne laissent jamais u e autre entreprise exécuter les chantiers financés par leur coopération. Voilà pour les entreprises chinoises, françaises ou Turcs exécutent les travaux financés par leur pays au Cameroun.

La grande distribution a été libéralisée. Vous retrouvez des nationaux, des indopakistanais, des libanais, des chinois, des français et des anglais. Parler d'accords coloniaux dans ce secteur relève des Chimères.

 

 

Pour vous rafraîchir la mémoire sur ces accords coloniaux qui ont bien exister mais qui sont désuets depuis, je partage ci-dessous un article sur les accords de défense publié par Pougala.

 

26 DÉCEMBRE 1959: SIGNATURE DU PACTE COLONIAL ENTRE LA FRANCE ET LE CAMEROUN de Jean-Paul Pougala

(Extrait de la leçon de Géostratégie Africaine n° 70 partie 1/2 de J.P. Pougala publiée le 15/05/2014)

Dans son livre intitulé : "Les Bamiléké au Cameroun: Ostracisme et sous-développement" à la page 159, Thomas Tchatchoua nous donne des détails très croustillants, même si tristes, très tristes de l'environnement dans lequel ont été signés par Amadou Ahidjo, tous les accords post-indépendances avec la France, y compris les fameux accords militaires. Il en résulte qu'après avoir fait écarter les camerounais qui étaient avec Ahidjo, tous les conseillers chargés de négocier les accords avec la France étaient des français.

Les accords de défense entre le Cameroun et la France ont été négociés, côté camerounais, par deux français : Jacques Rousseau et Georges Becquey. C'est à dire que le pays France a négocié avec 2 français, représentant le Cameroun de l'avenir du Cameroun. Un vrai cirque.

 

Et que stipulent donc ces accords confidentiels de défense entre le Cameroun et la France ?

 

Dans ces accords, en échange de la protection militaire de la France, il est imposé au Cameroun de suivre les quelques indications suivantes :

 

  1. a) Informer la France de la politique que les politiciens camerounais entendent suivre en ce qui concerne les matières premières et produits stratégiques, ainsi que des « mesures qu'ils se proposent de prendre pour l'exécution de cette politique »

 

  1. b) Faciliter, au profit des forces armées françaises, le stockage des matières premières et produits stratégiques; et lorsque les intérêts de la défense l'exigent « limiter ou interdire leur exportation à destination d'autres pays »;

 

  1. c) « Le Cameroun doit réserver en priorité, la vente de ses matières premières et produits stratégiques à la République française, après satisfaction des besoins de sa consommation intérieure, et s'approvisionner en priorité auprès de la France », etc.

 

  1. d) Les accords mentionnent une liste de matières premières dites stratégiques qui appartiendront de fait à la France s'ils seront découverts sur le sol camerounais, notamment : les hydrocarbures liquides et , l'uranium, le thorium, le lithium, le beryllium, l'hélium etc. De peur que dans l'avenir, la science identifie certains minerais qui ne figuraient pas sur la liste, la France a pris soin de signifier que cette liste pouvait encore s'allonger sans trop de complication, en ces termes : « les modifications à cette liste feront l'objet d'échanges de lettres entre les parties contractantes ».

 

En des mots plus simples, avec ces accords signés par 2 français sous la présidence de Amadou Ahidjo, en 1960 et renouvelés en 1974, le sous-sol du Cameroun appartient à la France. On comprendra seulement après que même ce qui était au-dessus du sol appartenait aussi à la France, comme les plantations de café et de cacao, d’où le risque de prison pour toute personne qui tentait de couper ces plantes pour les remplacer par quelque chose de plus rentable.

 

Et ce n’est qu’en 2009, des nouveaux accords de défense sont signés.  D'après le contenu des nouveaux accords signés par Paul Biya et Nicolas Sarkozy, on peut donc affirmer que l'indépendance du Cameroun ne commence qu'en 2009. Et pourquoi donc ?

 

NOUVEAUX ACCORDS DE PARTENARIAT DE DÉFENSE OU ACTE DE DIVORCE

 

La constitution du Cameroun est modifiée en mars 2008 et Biya peut se présenter à nouveau. Mais au même moment, il va jurer à ses interlocuteurs français et américains qui veulent son départ qu’il ne va plus se représenter. Tout ce qu’il veut maintenant, c’est l’abolition des accords de défense avec la France. Des indiscrétions proches de la présidence camerounaise, nous apprendrons plus tard que Biya avait même fait croire d’être à ce point malade qu’il ne pouvait même pas se rendre à Paris pour la signature des nouveaux accords, confirmant de fait à ses interlocuteurs français qu’il ne se représenterait plus.

 

À Paris, on chuchote en coulisse que c’est même l’un des éléments déterminants qui va convaincre Nicolas Sarkozy d’envoyer son premier ministre à Yaoundé. Alors que pour tous les autres pays africains qui vont renouveler ces mêmes accords, leurs présidents seront obligés d’effectuer le déplacement à Paris.

 

Le 21 mai 2009. C'est par communiqué de presse que nous avons été informés de la signature à Yaoundé entre le Président du Cameroun, Paul Biya et le premier ministre français François Fillon d'un accord instituant un "partenariat de défense". C'est un texte composé de 28 articles et d’une annexe, lui-même en 11 articles.

 

Lorsqu'on compare ce texte à celui de 1974, et à celui signé en même temps, ou après, entre la France et d'autres pays africains, on peut dire que c'est l'acte officiel de divorce entre le Cameroun et la France. Il s'agit en effet d'un texte très vague, composé de grands principes propres à la diplomatie de la langue de bois, reprenant pour l’essentiel les accords-cadres de Lisbonne de 2007 entre l’Union européenne et l’Union africaine.

 

Qu'est-ce qui change entre l’ancien et le nouvel accord ?

 

- Avant, pendant 50 ans, il s'agissait des : "accords de défense et de coopération technique militaire", condamnés à rester secrets. Désormais, c'est plus court, ce sont les "accords de partenariat de défense".

 

- Avant, les accords étaient confidentiels. Désormais, ils sont publics, tout simplement parce qu'il s'agit dans ce cas d'un vrai accord de divorce et nous allons voir pourquoi.

 

- Toute la partie de contrainte pour le Cameroun et des matières premières dites stratégiques devant revenir automatiquement à la gestion de la France a tout simplement été supprimée des accords. Ce qui en langage du quartier Briqueterie à Yaoundé, veut dire que ce n’est que depuis 2009 que le Cameroun est réellement devenu indépendant et que Monsieur Biya n’est en réalité président du Cameroun que depuis cette année-là, pouvant donc librement disposer du sol camerounais sans l’accord préalable de la France. C’est ce qui explique la frénésie des contrats tous azimuts avec la Chine, ce qui était tout simplement impossible il y a 10 ans, lorsque l’Angola par exemple profitait de la manne chinoise pour relancer son économie.

 

UN ACCORD DE VRAI DIVORCE

 

À l’article 2 alinéa 2, on nous donne même le nombre maximum de militaires français qu’il peut y avoir sur le sol camerounais. Et ce nombre est de 15. L’accord va plus loin. Il nous indique même le travail de ces 15 militaires français présents sur le sol camerounais : ils doivent s’occuper uniquement de la logistique.

Il est même indiqué que si un militaire français vient au Cameroun former les Camerounais, il est obligé de porter la tenue militaire camerounaise et non française. Le précédent accord avait une durée de 50 ans. Désormais, le nouvel accord n’a de validité que 5 ans renouvelable. Il a été validé par le parlement français sous François Hollande en 2012, validité jusqu’en 2017.

 

Question : Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t’il accepté de signer un tel document aussi défavorable à la France ?

Réponse : Sarkozy jusqu’à la fin de son mandat ne va pas soumettre ce texte au parlement français et il faudra attendre 2012, avec la venue au pouvoir de François Hollande, pour que cela se fasse. Sarkozy s’était donc rendu compte, très tard, d’avoir été roulé dans la farine par le président camerounais. Paul Biya avait promis et juré qu’il ne serait pas candidat aux élections présidentielles de 2011.

 

COMAPRAISON AVEC LA COTE D’IVOIRE

 

Pour comprendre qu'il s'agit bien d'un acte de divorce entre le Cameroun et la France, nous devons mener une autre comparaison et c'est avec l'accord que le président Gbagbo ne voulait pas signer et que le nouveau pouvoir à Abidjan a été très heureux de signer dès son arrivée au pouvoir en 2011.

 

C'est par communiqué de l'Ambassade de France à Abidjan le jeudi 17 novembre 2011 que nous sommes informés que mercredi 16 novembre 2011, le nouvel accord de partenariat de défense a été parafé entre le nouveau Premier ministre et ministre de la Défense ivoirien, Guillaume Soro et l’ambassadeur de France, Jean-Marc Simon. Au premier chef, on constate que ces accords confirment le maintien des troupes françaises sur le sol ivoirien, même si réduit de moitié de 700 personnes à 350.

S’il y a 10 ans on avait demandé à un Ivoirien ce qui dans sa maison provenait de France, il serait arrivé à un pourcentage de 80%. Aujourd’hui, ce pourcentage est ravi par la Chine avec ses produits moins chers et elle n’a nullement besoin de poster une base militaire à Abidjan pour gagner cette bataille économique.

 

QUE RETENIR ?

 

L'Indépendance, la vraie, est économique. Cette indépendance ne se mesurera pas en nombre de gratte-ciels présents dans une ville africaine, mais le pourcentage de ces immeubles appartenant à des nationaux. Notre indépendance ne se mesurera pas en fonction du tissu industriel performant ou pas, mais combien de Nationaux sont propriétaires de ces usines.

Nous pouvons être fiers de dire que le Rwanda décolle économiquement, mais ce serait mentir à nous-mêmes, si nous ne remarquons pas l'absence des noms rwandais sur la liste des industriels dont nous vantons les produits Made in Rwanda. La Chine ne se vante jamais du fait que le Iphone est produit sur son sol, mais met en avant le champion national qu'est Huawei.

 

Si cette indépendance camerounaise acquise en 2009, ne sera pas accompagnée par des actions de création de richesses, c'est-à-dire d'augmentation du pourcentage des usines appartenant aux camerounais, qui est aujourd'hui, moins de 20%, cela ne sera que de l'indépendance sur le papier, pour faire bavarder les historiens demain.

Enfin ce n'est pas en décembre 2020 que les accords coloniaux ont été annulés mais bien longtemps avant. Tout ce que les gens racontent depuis quelques jours sur les réseaux sociaux sont des chimères. »

 

Une réflexion de Mr Koungou

 

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