Introduction des femmes comme notables : Neuf chefs traditionnels du Grand Nord distingués

jeudi, 11 juillet 2019 10:48 Nicole Ricci Minyem

Il s’agit des lamibé et sultans de Banyo, Tibati, Tignère, Ngaounderé, Demsa, Guider, Mokolo, Kousseri et Logone Birni.

 

La cérémonie qui avait pour cadre le Hilton hôtel de Yaoundé mercredi dernier, était riche en sons et en couleurs, en plus des allocutions dont celle dite par sa Majesté le Lamido Mohaman Gabdo Yahya de Banyo qui s’est exprimé aux noms de ses pairs.

 

Les avancées de la scolarisation enregistrées dans les sociétés traditionnelles camerounaises ont largement contribué  à l’incorporation des femmes des terroirs comme notables de plein droit et à part entière dans ce monde très masculin et assez ésotérique. Aujourd’hui, les différents lamibé comportent plus de cent vingt trois (123) notables femmes qui œuvrent activement à la promotion et la défense de leurs congénères. Leurs actions portent d’ores et déjà des fruits en particulier dans le secteur socio-économique, sanitaire et scolaire. 

 

C’est ainsi que dans le domaine socio-économique, elles organisent des séminaires pour apprendre aux femmes des petits métiers telles que la fabrication artisanale et la commercialisation des savons de ménage. 

 

Dans le domaine sanitaire, elles facilitent la promotion de l’entraide des femmes nécessiteuses dans les accouchements multiples ou des personnes vulnérables, la détection et l’assistance aux femmes porteuses de fistules obstétricales, la collecte et la remise de dons aux femmes du 3ème âge, le dépistage et l’opération du cancer de l’utérus ou du sein, la sensibilisation des femmes sur diverses maladies à l'instar du choléra, et l’intégration des femmes dans les commissions de gestion des centres de formation agropastoraux.

 

Des actions qui n’auraient pu exister, sans la détermination de l'Association des Femmes et Filles de l'Adamaoua (AFFADA), qui ont finalement convaincu leurs époux, frères et pères.

 

Et, pour sa Majesté le Lamido Mohaman Gabdo Yahya, accepter a présence des dames au sein des chefferies est un grand pas en avant puisque : « La place de la femme dans nos sociétés traditionnelles mérite plus que jamais d’être valorisée. Elles sont nos mères, nos épouses, nos sœurs, nos filles, nos nièces, nos petites filles, nos conseillères et surtout plus nombreuses… ».

 

Le porte parole des Lamibé et chefs traditionnels affirment que la présence des dames notables leur a permis d’évoquer des préoccupations plus délicates : « Elles nous ont permis de nous attaquer à la sensibilisation sur les problèmes délicats des mariages forcés ou précoces, et au phénomène de déscolarisation de la jeune fille… ».

 

Cependant, beaucoup reste à faire

 

« Certes certains diront que ne n'est pas encore assez, mais nous devons avoir l'honnêteté de reconnaitre au vu des pesanteurs socioculturelles qui structurent le fonctionnement de nos communautés, que beaucoup a déjà été fait, et que la dynamique actuelle autorise à avoir foi en l'avenir pour un plus grand essor des femmes… ».

 

La cérémonie de ce mercredi a connu la présence de nombreuses personnalités, parmi lesquelles la Coordinatrice Résidente des Nations Unies, le Haut Commissaire du Canada, la Présidente de l'Association des Femmes et Filles de l'Adamaoua (AFFADA) et le ministre de l’Administration Territoriale. Des personnalités qui se sont toujours tenues à côté des chefferies traditionnelles et parrainé les innovations qui avaient opportunément été introduites. Même si chaque Lamidat a ses propres réformes et ses préoccupations.

 

Une présence très appréciée par les Chefs Traditionnels : « Sans mépriser nos valeurs traditionnelles, ni leur tourner complètement le dos, nous pensons qu’il est de notre devoir en tant que gardiens de la tradition, d’amorcer avec prudence et clairvoyance, le virage qui permettrait de moderniser nos institutions traditionnelles tout en conservant jalousement ce qui font leur essence, leur extraordinaire charme et leur légende… ».

 

Nicole Ricci Minyem 

 

Leave a comment