La décentralisation effective mettra-t-elle fin à la crise anglophone ?

samedi, 02 février 2019 10:34 Stéphane Nzesseu

 
Au cœur des revendications mises en avant à la genèse de cette crise qui détruit les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest Cameroun, l'amélioration des conditions de vie des citoyens de ces régions. De Buéa à Bamenda, les populations sont convaincues que si tout n'était pas piloté depuis Etoudi, elles se porteraient mieux. D'où ce mélange de genre et de confusion entre séparation d'avec l'État du Cameroun et volonté affichée de faire tomber le régime actuel. La décentralisation apparaît comme la porte de sortie de crise.
 
Le Président de la République du Cameroun, S.E. Paul Biya a annoncé la tenue au cours de cette année l'élection des magistrats régionaux. C'était au cours du conseil de cabinet qu'il a tenu en ce début janvier 2019. Une nouvelle qui intervient dans ce contexte où des populations de deux régions du pays manifestent leur exaspération d'une extrême concentration du pouvoir qui les délestent chaque jour du droit de décider du sort des richesses de leur sol et sous-sol.
 
1996 - 2019, 23 ans après sa consécration par la loi constitutionnelle du 18 janvier 1996, la décentralisation n'est pas encore effective. Et la crise anglophone actuelle en est une des conséquences. La longue attente de la mise en œuvre des mécanismes de décentralisation, couplée à la longue durée des affrontements entre séparatistes et forces républicaines, a considérablement plombé toute tentative de ramener la paix dans ces régions.
 
Rappelons qu'à l'origine de la crise, il se posait le problème de la traduction des textes de droits en langue anglaise, de la nomination des agents de l'État d'expression exclusivement francophone. Et les secteurs les plus touchés par cet situation étaient les administrations de la justice et de l'éducation. D'où les mouvements de revendications observés dans ces deux corps de métier. Des manquements qui n'auraient jamais dû arriver si la décentralisation était déjà mise en œuvre. Dans le système décentralisé, ce sont les maires qui définissent les besoins de la localité et ont le pouvoir de pourvoir aux différentes fonctions.
 
A l'observation de la genèse de cette crise, on est amère à l'idée de savoir qu'il n'y aurait jamais eu de morts si les dispositions de la loi constitutionnelle de 1996 étaient mis en pratique.
 
Toutefois, si au final les autorités de Yaoundé consentaient à démanteler le centralisme à outrance qui prévaut en ce moment pour faire place à une véritable gouvernance locale, les revendications des sécessionnistes tomberaient en désuétude. En effet, l'administration décentralisée offre une part d'autonomie importante aux collectivités locales. Plus concrètement, dans un environnement décentralisé, le maire de Buéa par exemple pourrait avec le budget d'investissement mis à sa disposition, créer des emplois dans sa localité, construire des routes convenables pour l'écoulement des produits agricoles dont la zone est fortement pourvue. Étant proche des habitants de sa contrée, il se souciera plus de leur devenir. La création tardive du conseil régional et le parachèvement de la mise en œuvre de la décentralisation permettra certainement de tempérer les ardeurs des populations dans les deux régions.
 
 
 
 
 
 

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