Crise anglophone : Agbor Balla émet des réserves sur la médiation suisse

mercredi, 10 juillet 2019 09:06 Marie MGUE

Cet activiste des droits de l’Homme, suggère à la  Suisse d’associer d’autres Etats, à l’instar du Canada, dans la liste des  médiateurs dans la crise anglophone,  avec la permission des autorités camerounaises et des dirigeants séparatistes.

 

Nkongho Felix Agbor Balla, avocat, activiste des droits de l’Homme et  fondateur du Centre pour les droits de la personne et de la démocratie en Afrique (Chrda) est sorti  de sa réserve, quelques jours après que la Suisse ait  annoncé son rôle de médiateur dans la crise anglophone qui touche les régions du Sud-Ouest et Nord-Ouest Cameroun. « Il faut féliciter les parties qui tentent  de mettre un terme à ce cercle vicieux en demandant à la Suisse d’agir en tant que médiateur dans le but d’en arriver à la paix et à la réconciliation. Un dialogue – et en particulier un dialogue global susceptible de représenter les divers courants d’opinion qui circulent dans le Cameroun anglophone est nécessaire pour envisager et éliminer la cause sous-jacente du conflit », peut-on lire dans une lettre ouverte, signée par  le fondateur du Chrda, Yonah Diamond et Jeremy Wiener respectivement conseiller juridique et coordonnateur des communications du Centre Raoul Wallenberg pour les droits de la personne (Rwchr).  

 

Ces acteurs de la société civile, suggèrent à la Suisse, « d’inviter d’autres États à se joindre à elle en tant que médiateurs avec la permission des autorités camerounaises et des dirigeants séparatistes ». Ceci, afin d’éviter toutes accusations d’impartialité et de favoritisme envers la Suisse. A en croire cet ancien prisonnier de la Crise anglophone, l’Union Africaine, qui a récemment fait œuvre de médiation dans le cas d’un accord visant au partage du pouvoir entre les dirigeants militaires et civils au Soudan, ainsi que le Canada, qui est également un pays bi-juridique et bilingue, qui a des liens importants avec le Cameroun, devraient être invités à la table des  négociations, en tant que médiateurs.

 

Plan d’action humanitaire

 

Par ailleurs, ces activistes  pensent que  la  situation dramatique qui prévaut à la base et les assauts perpétuels contre la décence et la dignité humaine,  exigent cependant une intervention à l’échelle internationale même si une résolution de la situation politique immédiate du conflit sous-jacent n’est pas imminente. Dans cette logique, les auteurs de cette correspondance, proposent quatre pistes, nécessaires selon eux  dans le cadre des négociations.  Selon eux, le  Conseil de Sécurité des Nations-Unies devrait ajouter le Cameroun à son calendrier en tant qu’article indépendant, comme l’ont recommandé neuf organisations différentes des droits de  l’Homme dans une lettre ouverte.

 

Lire aussi : Agbor Balla plaide en faveur de la reprise des cours dans les régions anglophones 

 

Dans le deuxième point, ils soulignent que  l’Union Africaine devrait confier à la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples la tâche d’établir un groupe d’experts internationaux indépendants qui ferait des recherches pour trouver des preuves de crimes contre l’humanité comme l’a fait l’Organisation des États Américains dans le cas des atrocités au Vénézuela. Dans la troisième suggestion, ils soutiennent Mark Lowcock, le sous-secrétaire général des Nations-Unies pour les questions humanitaires et coordonnateur de l’aide d’urgence, qui a affirmé  que les États devraient prévoir plus de fonds qui seraient consacrés au Plan d’action humanitaire des Nations Unies pour le Cameroun qui, sous sa forme actuelle, est tellement sous-financé que plusieurs organisations humanitaires essentielles seront forcées de se retirer de la région si des fonds supplémentaires ne leur sont pas attribués bientôt.

 

Enfin, déclarent t-ils, en tant qu’individus ou membres de collectivités, nous devons continuer de mettre l’accent sur les victimes de la crise au Cameroun, dont les souffrances et la situation dramatique ne peuvent plus être ignorées. « Elles doivent être entendues et envisagées au plus tôt. Les enfants du Cameroun qui sont à la merci de cette violence incontrôlée, y compris les 600 000 qui ne peuvent plus aller à l’école, méritent toute notre attention », ont-ils écrit. Il faut noter que cette crise qui sévit dans les régions anglophones, a déjà fait de nombreux morts et déplacés internes et externes, ainsi que des dégâts matériels.   

 

Marie MGUE

 

Leave a comment