Rwanda: l'opposante Diane Rwigara acquittée d'incitation à l'insurrection

jeudi, 06 décembre 2018 18:42 Mfoungo


L'opposante rwandaise Diane Rwigara, critique du président Paul Kagame, a été acquittée ce jeudi, 06 décembre, par un tribunal de Kigali. Elle et ses coaccusés, dont sa mère, avaient été accusés d'incitation à l'insurrection et de falsification de documents, des charges qui leur ont valu d'être emprisonnée pendant plus d'un an et dénoncées comme politiques par l'intéressée.

Après le jugement rendu par un panel de trois juges, il s’avère que les charges retenues par l'accusation sont sans fondement. La salle d'audience était pleine à craquer et, dans l’assistance, l’on a remarqué les membres de sa famille qui n’ont pas manqué d’exploser de joie une fois la lecture de la décision achevée. Les cinq coaccusés de Mme Rwigara dans cette affaire ont également été acquittés.

Le tribunal a estimé que les critiques de Diane Rwigara contre le gouvernement, notamment lors de conférences de presse, ne constituait pas une incitation à l'insurrection puisqu’elles s'inscrivent dans le cadre de son droit à la liberté d'expression garantie par la Constitution rwandaise et les lois internationales.

Les juges ont également estimé que l'accusation n'avait pas prouvé que Mme Rwigara avait falsifié des signatures dans le dossier présenté à la commission électorale en vue de sa participation à l'élection présidentielle de 2017. Le rejet de cette candidature avait été critiqué par des gouvernements occidentaux et des groupes de défense
des droits de l'Homme.
 
Lors de la précédente audience qui s’est déroulé le 7 novembre dernier, l'accusation avait requis 22 ans de prison contre Diane Rwigara et sa mère Adeline. Adeline Rwigara, tout comme sa fille, était elle accusée d’incitation à l'insurrection mais, en plus de promotion du sectarisme, dans un pays encore hanté par le génocide de 1994 qui fit plus de 800.000 morts essentiellement parmi la minorité tutsi.

Diane Rwigara, sa mère et sa sœur Anne avaient été arrêtées et emprisonnées en septembre 2017. Diane et sa mère ont été remises en liberté sous caution début octobre. La sœur avait recouvré la liberté un an auparavant, les charges pesant contre elle ayant été abandonnées.

Depuis son arrestation, Diane Rwigara dénonce des poursuites montées selon elle de toutes pièces par le régime pour la réduire au silence. Le président rwandais Paul Kagame, crédité de l'important développement d'un pays exsangue au sortir du génocide de 1994, est régulièrement accusé de bafouer la liberté d'expression et de museler toute opposition.

Il a été réélu le 4 août 2017 pour un nouveau mandat de sept ans avec près de 99% des voix. Une réforme de la Constitution adoptée par référendum fin 2015 lui permet de potentiellement diriger le pays jusqu'en 2034.

Diane Rwigara est née à Kigali en 1980 dans une famille de 6 enfants1. Son père, Assinapol Rwigara, un industriel qui fut l'un des bailleurs de fonds du Front Patriotique rwandais a été tué dans un accident de voiture dans la soirée du 4 février 2015 dans Gacuriro, à Kigali. Sa famille pense qu'il s'agit en réalité d'un assassinat politique,3. Elle est rescapée du génocide des Tutsis.

Diane Rwigara a suivi une formation de comptable. C'est une militante féministe qui a critiqué à maintes reprises la gouvernance du président Paul Kagame, l'injustice et l'oppression au Rwanda.

Le 3 mai 2017, Diane Rwigara a annoncé son intention de se présenter à l'élection présidentielle et, 72 heures plus tard, des photos d'elle dénudée ont été divulguées, dans un but d'intimidation8. Elle persiste dans sa candidature. Celle-ci avait été 9invalidée le 7 juillet 2017,
la Commission électorale nationale estimant qu'elle n'a fourni que 572 signatures valides sur les 600 exigées…

Nicole Ricci Minyem
 
 
 
 
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