Crise anglophone: un général ambazonien échappe à une attaque de l’armée

vendredi, 04 janvier 2019 21:29 Mfoungo

Field Marshall, l'un des chefs de guerre de l’Ambazonie, a survécu à une opération militaire menée par les forces camerounaises dans la localité de Menji, région du Sud-Ouest. Il se serait enfuit vers le Nigeria, selon Jeune Afrique.

Selon des sources concordantes, Field Marshall, leader des «Red dragons», serait bel et bien en vie, contrairement à l’annonce de sa mort qui circule depuis le 31 décembre dernier. Ce chef de milice aurait été touché par balle au cours de combats avec l’armée camerounaise, mais aurait réussi à s’échapper vers le Nigeria.

La nouvelle a été confirmée par le porte-parole de l’armée, qui a recommandé de la prudence face aux informations en circulation. « Nous savons qu’il a été blessé. Mais c’est un grand acteur et manipulateur. Il se fait passer pour mort pour réapparaître afin de cultiver le mythe sur sa personne », a affirmé le 2 janvier le colonel Didier Badjeck, interrogé par Jeune Afrique.

Quelques jours avant la rumeur de la mort de Field Marshall, l’armée camerounaise avait engagé une opération militaire d’envergure à Menji, dans le département du Lebialem (région du Sud-Ouest). Située à environ 40 km de la ville de Dschang, cette localité est le bastion des «Red dragons», la milice armée à la tête de laquelle trône Field Marshall. Les combats, qui avaient commencé peu après la fête de Noël, se sont poursuivis jusqu’au Nouvel An.

Plusieurs morts seraient à dénombrer chez les sécessionnistes, selon le porte-parole de l’armée, mais Field Marshall et ses hommes ont néanmoins réussi à faire face aux soldats camerounais. Cet ancien chef de la sécurité du royaume de Fontem, à qui l’on prête des pouvoirs mystiques, continue de s’imposer comme l’un des chefs de guerre les plus résistants de l’Ambazonie. «Il est très puissant. Du temps où il travaillait pour le roi d’Azi [village du Lebialem, ndlr], il avait accès à tous les secrets. À sa mort, il a presque assuré l’intérim car le successeur du roi était au Canada», explique un déplacé de Menji, sous couvert d’anonymat.

Le 21 décembre dernier, un autre chef de guerre ambazonien, le général Ivo, commandant des Ambazonia Defense Forces (ADF), a été tué par l'armée camerounaise à Teke, une localité proche de Kumba, dans la région anglophone du Sud-Ouest. Selon une source sécuritaire, le combattant sécessionniste connu sous le nom de Général Ivo, qui dirigeait les ADF sur le terrain, a été victime d’un raid effectué par le Bataillon d’intervention rapide (BIR) de l’armée camerounaise, dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 décembre.

Son corps a ensuite été transporté à la base militaire par des soldats aux fins d’identification avant l’enterrement. Les principaux dirigeants du mouvement séparatiste de l’Etat virtuel d’Ambazonie ont également confirmé la mort du «général Ivo». Il y a eu d’autres victimes lors du raid, mais les forces de sécurité n’ont pas encore révélé leurs identités.

Les actes de violence perpétrés dans les deux régions anglophones du Cameroun contraignent les populations à vivre dans la peur, a souligné mardi le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH). L’instance appelle les belligérants engagés dans des conflits – groupes séparatistes et armée camerounaise – à  y mettre un terme.

«Nous sommes profondément préoccupés par la recrudescence de la violence dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, car nous continuons de recevoir des informations faisant état d’enlèvements et d’assassinats par des groupes armés, ainsi que d’assassinats extrajudiciaires par les forces armées de l’État», a déclaré le 21 décembre dernier la porte-parole du Haut-Commissariat, Ravina Shamdasani.

Le Haut-Commissariat réitère sa disponibilité à œuvrer avec le gouvernement camerounais  pour une sortie de crise en zone anglophone. Si sa main tendue est acceptée, l’instance pourrait y envoyer une mission d’évaluation dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du pays. Une initiative qu’elle avait déjà prise par le passé mais les observateurs déployés sur place n’avaient pas accès au Sud-Ouest et au Nord-Ouest, faute d’une autorisation de l’Etat. Toutes choses que l’Onu avait décriées le 25 juillet 2018.

Otric N.

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