Crise anglophone: Sisiku Ayuk Tabe et ses lieutenants transférés à la prison de Kondengui

samedi, 24 novembre 2018 14:59 Mfoungo

Depuis jeudi soir, Sisiku Ayuk Tabe, président autoproclamé de l'Ambazonie, a été transféré de la cellule du Secrétariat d'Etat à la Défense chargé de la Gendarmerie (SED) pour la prison centrale de Kondengui à Yaoundé. La nouvelle a été confirmée par une source proche de la prison de Kondengui, a-t-on appris de source médiatique.

Sisiku Ayuk Tabe et 46 autres séparatistes avaient été arrêtés au Nigeria puis extradés fin janvier au Cameroun. Sisiku Ayuk Tabe et la plupart des autres militants anglophones arrêtés au Nigeria constituaient la branche politique du mouvement séparatiste camerounais, prônant la négociation avec Yaoundé pour arriver à leurs fins.

Le président de l'Etat imaginaire d'Ambazonie et ses collaborateurs ont tenté en vain d'obtenir une libération devant des tribunaux civils. Le président de l’Etat imaginaire d’Ambazonie et ses neuf collaborateurs présent devant la barre le jeudi 15 novembre 2018, ont vu leur demande de libération immédiate interdite par les Juges de la Cour d’appel du tribunal de première instance de Yaoundé.

Pour rappel, les Avocats d’Ayuk Tabé et cie saisi le Tribunal de grande instance de Yaoundé de cette requête le 9 août dernier. L’audience y relative s’était tenu quelques jours plus tard, en l’absence de Sissiku Ayuk Tabe et de ses neuf compagnons d’infortune. Ladite juridiction avait rejeté la demande de libération immédiate des leaders séparatistes.

Après leur arrestation à Abuja en janvier 2018 et incarcération  au Secrétariat d’Etat à la défense (SED), des informations démenties selon lesquelles Ayuk Tabé et ses compagnons n’étaient plus en vie avaient circulées sur les réseaux. Leur présence à la Cour d’appel du centre le jeudi 1er novembre 2018,  pour la première fois depuis leur extradition du Nigéria a été la preuve qu’ils sont en vie et que leur intégrité physique ne souffre de rien.

Depuis la fin 2017, des dizaines de séparatistes armés ont pris les armes dans les deux régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest. Des affrontements entre l'armée déployée en nombre et ces séparatistes, regroupés en groupes épars dans la forêt équatoriale, s'y produisent depuis quasiment tous les jours. Selon des sources concordantes, aux séparatistes armés se sont ajoutés des bandes armées de bandits et de pillards, qui rackettent les populations et les entreprises.

Selon Amnesty International, la situation dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest devient de plus en plus désespérée. Dans un rapport publié le 18 septembre 2018, l’Ong révèle que depuis début 2018, environ 400 civils ont été tués par les forces de sécurité ou par les séparatistes armés. Amnesty a dénombré plus de 260 « incidents sécuritaires » (affrontements, enlèvements, homicides, destructions de maisons).

« Les membres des deux camps qui seraient responsables d’attaques, d’homicides ou de destructions de biens, ne doivent pas rester libres. Les autorités camerounaises doivent s'engager sans délai à mener des enquêtes rapides, indépendantes et efficaces sur ces agissements », a déclaré Samira Daoud, directrice régionale adjointe pour l'Afrique centrale et l'Afrique de l'Ouest à Amnesty International.

Le Haut-commissariat  des Nations unies aux droits de l’Homme condamne la persistance des enlèvements et des assassinats dans ces deux régions. Les actes de violence perpétrés dans les deux régions anglophones du Cameroun contraignent les populations à vivre dans la peur, a souligné mardi le Haut-commissariat  des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH). L’instance appelle les belligérants engagés dans des conflits – groupes séparatistes et armée camerounaise – à  y mettre un terme.

« Nous sommes profondément préoccupés par la recrudescence de la violence dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, car nous continuons de recevoir des informations faisant état d’enlèvements et d’assassinats par des groupes armés, ainsi que d’assassinats extrajudiciaires par les forces armées de l’État », a déclaré le 20 novembre dernier la porte-parole du Haut-Commissariat, Ravina Shamdasani.

Liliane N.

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